La Nouvelle Orléans : pauvreté et inégalités dissimulées sous l’image de la liberté

Par Jacqueline Garriss

Ce court texte n’est pas une réponse à un texte en particulier. En fait, il résume plutôt une série d’interrogations qui me viennent en tête lorsque l’on parle des représentations de la Nouvelle Orléans. Cette dernière est une ville que j’aime beaucoup, pour sa beauté, sa chaleur humaine, pour son histoire fascinante, pour la musique qu’elle a aidé à créer, pour sa différence et sa multi culturalité. Toutefois, la réalité quotidienne est quelque peu différente de ces représentations largement véhiculées par la ville elle-même et l’élite qui y réside. Certainement le tourisme y est prolifique et a fait connaître cette ville caractérisée par sa différence au reste du monde. Mais cette industrie du tourisme, qui certes, aide la Nouvelle Orléans à rebâtir son économie après le désastre et le chaos engendrés par Katrina, contribue grandement à perpétuer les inégalités de classes sociales et le racisme, mais sous le couvert de l’image d’une ville moderne et permissive dans laquelle les sens sont sur stimulés par l’alcool, la musique et la fête, d’une image de liberté qui n’est pas tout à fait réelle.

Le 29 août 2005, Katrina a plongé la Louisiane et la Nouvelle Orléans dans le chaos. Avec cet ouragan, le monde a reçu un rappel choquant des inégalités et de la vulnérabilité des pauvres. En 2009, 31,5% de la population de la Nouvelle-Orléans avait un revenu inférieur au seuil de pauvreté et 11,6% de la population avait un revenu inférieur à 50% du seuil de la pauvreté[1]. On se aussi rappelle que le plan d’évacuation de la ville était basé sur le principe que les résidents avaient accès à du transport privé, mais plus d’un quart de la population n’était pas propriétaire d’une voiture. De plus, les quartiers les plus sévèrement touchées étaient évidemment les quartiers les plus pauvres, et incidemment, les quartiers dans lesquels la concentration de population afro-américaine était la plus dense. Aujourd’hui, presque dix ans plus tard, les quartiers les plus sévèrement touchés n’ont toujours pas été complètement reconstruits. Mais les problèmes de pauvreté et d’inégalité des chances n’ont pas commencé avec Katrina, ils existaient déjà. Plusieurs quartier étaient incroyablement pauvres avant l’ouragan, la majorité des familles y résidant ayant un salaire inférieur au seuil de la pauvreté[2]. Alors que les Afro-Américains représentaient plus de soixante pour cent de la population de la Nouvelle Orléans, ils représentaient aussi environ quatre-vingt pour cent de la population vivant en dessous du seuil de la pauvreté[3]. Pas grand-chose n’a changé aujourd’hui, hormis le fait qu’une très grande partie de cette population n’a toujours pas les moyens de revenir s’établir à la Nouvelle Orléans et rebâtir leurs maisons.

Peu de touristes ont la chance de voir ces problèmes, cette « autre » Nouvelle-Orléans, celle qu’on cache en exhortant les touristes à ne pas quitter le quartier français et à ne pas traverser la rue Rampart. Encore une fois, la Nouvelle Orléans qui se trouve « de l’autre côté de Rampart » est laissée pour compte dans la reconstruction de la ville. La majorité du 7th et du 9th ward est caractérisée par des maisons abandonnées et des terrains vagues. Cette lenteur incroyable à reconstruire ces quartiers, et les paroles de Richard Baker (républicain et membre du Congrès) au sujet de Katrina : « We finally cleaned up public housing in New Orleans. We couldn’t do it, but God did. [4]» laisse planer des questions peu agréables. Serait-il possible que cette supposée reconstruction soit en fait une tentative de « nettoyage ethnique » comme le suggèrent certains activistes communautaires? Le racisme toujours inhérent à la société américaine, particulièrement dans le Sud, pourrait-il en partie expliquer la lenteur des autorités à venir en aide aux plus démunis? Fait-il vraiment si bon vivre dans cette Big Easy dans laquelle la couleur de la peau est encore aujourd’hui souvent associée à une classe sociale pauvre? Et est-il vraiment possible de s’imaginer une Nouvelle Orléans libre alors que tant de gens sont pris dans la machine de l’inégalité et de la pauvreté? Ou s’agit-il simplement d’un mécanisme touristique destiné à l’enrichissement d’une élite?

[1] http://www.city-data.com/poverty/poverty-New-Orleans-Louisiana.html

[2] SIMO, Gloria. « Poverty in New Orleans: Before and After Katrina ». Vincentian Heritage Journal, 2008, vol. 8, no. 2, p.315

[3] KATZ, Bruce. « Concentrated Poverty in New Orleans and Other American Cities». The Chronicle of Higher Education, 4 août 2006, (en ligne) http://www.brookings.edu/research/opinions/2006/08/04cities-katz

[4] HARWOOD, John. « Repub. Rep: « We Finally Cleaned Up Public Housing In New Orleans. We Couldn’t Do It, But God Did »…», Huffington Post, 28 mars 2008, (en ligne) http://www.huffingtonpost.com/2005/09/12/repub-rep-we-finally-clea_n_7239.html

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